Au-delà des économies : mesurer la vraie performance achats
Mesurer les achats uniquement aux économies, c'est manquer 80% de la valeur créée. Le scorecard complet du category manager : risque, ESG, vitesse, innovation.
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Alexandre Lio
Founder · The Procurementor
27 février 20267 min de lectureMis à jour le 5 octobre 2026
Dans beaucoup d'entreprises, lorsque la performance achats est mesurée, elle l’est souvent sur un seul critère : les économies.
Et bien que les économies soient importantes, se focaliser uniquement sur elles revient à piloter une voiture en ne regardant que le compteur de vitesse.
Vous allez vite... mais vers où ? Et à quel prix ?
Dans cet article, je vais vous montrer pourquoi la performance achats va bien au-delà du chiffre d'économies, comment mesurer la valeur globale que vous créez, et surtout comment sortir du piège de la réduction de coûts à tout prix.
Calculer une économie achats : l'exemple chiffré
Avant d'élargir le tableau de bord, il faut savoir calculer proprement une économie. Trois chiffres suffisent : un prix de référence, un prix négocié, un volume réel.
Formule : économie réalisée = (prix de référence − prix négocié) × volume réel de l'année.
Exemple. Un contrat de nettoyage. L'an dernier : 1 000 interventions à 120 €, soit 120 000 €. Vous renégociez à 108 € (−10 %). Cette année, l'activité monte à 1 150 interventions.
Dépense de l'année : 1 150 × 108 € = 124 200 €. Elle a augmenté de 4 200 €.
Effet prix : (108 − 120) × 1 150 = −13 800 €. C'est votre économie réalisée.
Effet volume : (1 150 − 1 000) × 120 = +18 000 €. Il vient de la hausse d'activité. Les achats n'y sont pour rien.
Contrôle : −13 800 + 18 000 = +4 200 €. Le compte est bon.
Votre DAF voit une ligne qui monte de 4 200 €. Vous avez pourtant économisé 13 800 €. Sans cette décomposition, l'économie n'existe pas dans le P&L, et la discussion s'arrête là.
Retenez la règle : une économie se calcule toujours sur le volume réel de l'année, jamais sur celui de l'an dernier. Et le prix de référence se fige avec la finance, avant la négociation.
Savings vs Cost Avoidance : comprendre la différence
Les économies (Savings)
Définition : Réduction tangible et mesurable d'une dépense existante.
Exemple : Vous renégociez un contrat de maintenance. Le prix passe de 100k€ à 90k€.
Économie : 10k€ (visible sur le P&L)
Caractéristiques :
Impact immédiat sur le compte de résultat
Facilement mesurable
Incontestable (factures avant/après)
Valorisable en ROI direct
C'est ce qui compte le plus... dans l'immédiat.
Le cost avoidance (Évitement de coûts)
Définition : Prévention d'une augmentation future des coûts.
Exemple : Votre fournisseur annonce une hausse de 8% pour l'année prochaine. Vous négociez une indexation plafonnée à 3%.
Cost avoidance : 5% évités (mais pas de baisse visible sur les factures actuelles)
Caractéristiques :
Pas d'impact direct sur le P&L
Plus difficile à mesurer
Nécessite un scénario contrefactuel ("qu'est-ce qui se serait passé si...")
Souvent contesté par la finance
Le problème ? Le cost avoidance est souvent ignoré ou minimisé, alors qu'il représente une valeur réelle.
Pourquoi les deux comptent
Un acheteur qui ne génère que du cost avoidance risque de ne pas être reconnu.
Un acheteur qui ne génère que des savings risque de fragiliser l'entreprise à long terme.
La vraie performance ? C'est l'équilibre.
Le ROI achats : la métrique qui compte... mais pas la seule
Comment calculer le ROI achats
Formule :
ROI = ((Savings - Coûts fonction achats) / Coûts fonction achats) × 100%
Exemple :
Économies générées : 5M€
Coûts fonction achats (salaires, outils, voyages) : 1M€
ROI : (5M€ - 1M€) / 1M€ = 400%
Benchmark sectoriel :
ROI excellent : 300-500%
ROI bon : 200-300%
ROI moyen : 100-200%
ROI faible : <100%
Traduction : Pour 1€ investi dans les achats, vous générez 4€ de valeur.
C'est un argument massue pour justifier l'existence et le développement de la fonction achats.
Pourquoi le ROI seul ne suffit pas
Comme indiqué précédemment, le focus unique sur les économies ne peut pas suffire et peut même entrainer des comportements sinon déviant, contreproductif.
Scénario 1 : Le ROI toxique
Vous générez 10M€ d'économies avec un ROI de 500%.
Mais :
Votre taux de défauts a doublé
3 fournisseurs stratégiques sont en difficulté financière
Vous avez perdu 2 mois sur le lancement d'un produit clé
Le ROI dit : succès. La réalité dit : désastre.
Scénario 2 : La valeur invisible
Vous déployez une plateforme e-procurement qui réduit les délais de 40%.
Vous sécurisez 3 sources d'approvisionnement sur un composant critique.
Vous intégrez la durabilité dans 80% de vos contrats.
Le ROI dit : 0€ (pas d'économies directes). La réalité dit : transformation stratégique.
Conclusion : Le ROI achats est nécessaire, servant de base à la mesure de la performance achats. Si cet indicateur est clé au début, il devient moins important au fur et à mesure que l’équipe mature. Garder un ROI positif reste clé dans beaucoup de situations, même si la gestion stricte du risque dans certain industrie signifie un faible ROI pour les achats et cela est OK - tant que la performance globale reste évaluée.
Le piège des économies à tout prix
Comment on tombe dans le piège
Cela commence souvent innocemment :
Année 1 : "Les achats doivent générer 2% d'économies sur le spend."
Année 2 : "Vous avez fait 2% ? Parfait. Cette année, on veut 3%."
Année 3 : "Encore 3%."
Année 5 : "On veut toujours 3%... mais on a déjà tout négocié."
Résultat : Pour maintenir les économies, on commence à :
Sur-challenger les fournisseurs (qui cassent ou livrent moins bien)
Downgrader les specs (au détriment de la qualité)
Retarder les investissements (innovation, outils, process)
C'est la spirale négative.
Les dommages collatéraux
1. Érosion de la qualité
Cas réel : Un constructeur automobile exige 5% de baisse annuelle sur les pièces.
Résultat :
Les fournisseurs réduisent les contrôles qualité
Le taux de défauts passe de 0,5% à 2%
Coût des rappels : 50M€
Économies achats : 10M€. Coût total : -40M€.
2. Fragilisation des fournisseurs
Cas réel : Une entreprise tech presse ses fournisseurs sur les marges.
Résultat :
2 fournisseurs font faillite
Rupture d'approvisionnement de 3 mois
Coût du retard de lancement : 100M€ de CA perdu
Économies achats : 5M€. Coût total : -95M€.
3. Perte d'innovation
Cas réel : Un retailer refuse toute augmentation de prix, même justifiée.
En résumé : Transformer les achats d'un cost center en value center
Les économies comptent. Énormément.
Mais elles ne sont qu'une partie de la valeur que les achats créent.
La vraie performance achats repose sur trois piliers :
Vous mesurez la vraie valeur que vous créez.
Vous transformez les achats d'un cost center en un value center.
Et c'est ça, le vrai rôle des achats.
Questions fréquentes sur le calcul des économies achats
Comment calculer une économie achats ?
(Prix de référence − prix négocié) × volume réel de l'année. Le prix de référence est le dernier prix payé, ou le prix moyen pondéré des douze derniers mois quand les prix ont bougé.
Quelle différence entre économie réalisée et coût évité ?
L'économie réalisée baisse une dépense existante et se lit sur les factures. Le coût évité empêche une hausse annoncée : le fournisseur demande +8 %, vous plafonnez l'indexation à 3 %, 5 points sont évités. Suivez les deux, sur deux lignes séparées.
Pourquoi ma dépense augmente alors que j'ai négocié une baisse ?
À cause de l'effet volume. Quand l'activité progresse plus vite que le prix ne baisse, la dépense totale monte. Séparez l'effet prix de l'effet volume avant de présenter vos chiffres.
Comment calculer le ROI de la fonction achats ?
ROI = (économies − coûts de la fonction achats) / coûts de la fonction achats. Avec 5 M€ d'économies pour 1 M€ de coûts, le ROI est de 400 %.
Consultant indépendant en achats indirects. J'aide les DA, DAF et opérations à structurer leur category management, déployer des stacks de sourcing AI-ready, et bâtir des équipes qui livrent vraiment les économies.
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